FN

SEUL E.MACRON ,

CANDIDAT LIBERAL ET PROGRESSISTE  PEUT NOUS SOUSTRAIRE –AUJOURD’HUI-DU FRONT NATIONAL

 

 

D’après  Le Point 16/02/17

 

Au Parti socialiste, c'est la panique. Pas tellement parce que Hamon serait un mauvais candidat, mais parce que tout sourit à Marine Le Pen... Jean-Christophe Cambadélis professe cette idée depuis des mois en petit comité. On ne l'écoutait jusqu'ici que d'une oreille distraite comme une Cassandre à la rose fanée. Depuis que l'affaire Fillon est venue stériliser la campagne présidentielle, les ténors de la Rue de Solférino dressent l'oreille et partagent son constat. « L'alignement des planètes n'a jamais été aussi bon pour Marine Le Pen », expliquait-il en bureau national, dressant ainsi un tableau apocalyptique de la situation politique en même temps que l'inventaire des 10 raisons qui portent Marine Le Pen sur une vague...Même son de cloche du côté de l’autre Jean Christophe…Lagarde,celui de l’UDI qui mange son chapeau ,tous les jours depuis la défaite Juppé et qui abandonne en rase campagne toute velléité de négociation sur les Législatives… !

1. Trump comme référence

La victoire de Donald Trump, le candidat anti-élite, à la tête d'une démocratie aussi ancienne et puissante que les États-Unis démontre que le populisme peut gagner un peuple éduqué, à la pointe de la technologie la plus avancée. Son « America First » peut servir de référence à Marine Le Pen, porte-voix de la « préférence nationale ». Il ne faut pas tout à fait confondre les deux personnages pour autant. Les excentricités de Trump, sa psychologie instable et redoutée n'est pas duplicable sur la société française. Mais elle peut s'appuyer sur ce référent pour dire : « Moi aussi, comme Trump, j'appliquerai mon programme. Si vous votez pour moi, il n'y a pas tromperie sur la marchandise. »

2. Le Brexit n'est pas la catastrophe annoncée

C'est un argument de comptoir de bistrot qui fonctionne bien : en effet, la Grande-Bretagne, depuis le référendum sur le Brexit, n'a pas sombré dans l'anarchie économique, les gens ne se jettent pas du haut de la tour de Big Ben, la Reine n'a pas été renversée et la Tamise continue de couler à travers Londres. Mais pour la bonne et simple raison que le Brexit n'a pas encore eu lieu et que la Grande-Bretagne continue, durant les négociations qui s'engagent lentement, d'appliquer les traités communautaires. En somme, à ce stade, le Brexit est une intention plus qu'un fait. Vu la lenteur du dé tricotage, il ne produira ses effets qu'au fil du temps et plus probablement à échéance de quatre ou cinq ans... Mais en attendant, le FN peut claironner : « le Brexit n'est pas une catastrophe, donc le Frexit ne le sera pas non plus. »

3. Le Front national n'est plus isolé

Dans les années 1990-2000, le Front national était encore un parti contestataire. Marine Le Pen, en se dé diabolisant et en empruntant à la gauche étatiste une grande partie de son programme économique, a émergé comme la troisième force du pays. Mais elle était encore isolée sur la scène européenne. Aujourd'hui, c'est une vague mondiale et européenne de national-populisme qui submerge les démocraties occidentales, qu'il s'agisse de Geert Wilders aux Pays-Bas (même s'il a peu de chance de prendre le pouvoir), du mouvement Cinq étoiles en Italie, de la montée en puissance de l'AFD en Allemagne, du FPÖ de Norbert Hofer en Autriche, etc. Marine Le Pen peut donc nouer des contacts, dessiner des partenariats, ce qui n'était pas envisageable il y a encore quelques années.

4. La droite a gagné la bataille culturelle

Dans une lecture gramscienne de l'histoire politique, les leaders du PS comprennent que la bataille culturelle, longtemps dominée par la gauche, a été remportée depuis dix ans par la droite. Les succès en librairie de Zemmour et Philippe de Villiers en sont les emblèmes les plus forts. Mais le PS pointe aussi du doigt, dans un registre plus tempéré, les écrits d'Alain Finkelkraut, de Pascal Bruckner, de Beatrice Levet, le dernier livre de Michel Onfray (Décadence, de Jésus à Ben Laden vie et mort de l'Occident), les analyses de Patrick Buisson... Bref, la bataille culturelle remportée par la droite annonce sa victoire dans les urnes.

5. Le terreau de l'islamisme radical et du terrorisme

 

Inutile d'enfoncer une porte ouverte : tout nouvel attentat conforte le vote FN. Un réflexe de peur contre lequel même la droite forte ne peut guère lutter. Les régionales en ont été la démonstration la plus glaçante. « J'ai perdu 10 points en une semaine au profit de la liste FN dans les sondages suite aux attentats du 13 novembre 2015 », nous disait Christian Estrosi, qui n'est tout de même pas le plus tendre des Républicains contre le terrorisme. Tout nouvel attentat à l'approche de la présidentielle dopera de façon certaine la réassurance d'un vote FN qui, sur cette approche xénophobe globalisante, a précédé tous ses concurrents depuis son origine... Marine Le Pen peut donc faire reposer son positionnement sur les trois « i » : « immigration, islam, indépendance nationale ». Nous ne sommes pas si loin des trois « i » qu'Alain de Benoist prophétisait dans les années 70 : « immigration, identité, insécurité ».

6. Huit millions de pauvres

Pour renverser une classe politique qui, selon elle, a failli, Marine Le Pen peut marteler que le bilan de l'« UMPS » ou « LR-PS », ce sont les 8 millions de pauvres en France. Elle s'appuie sur cet électorat populaire qui vote peu, sauf à la présidentielle. L'argument est imparable après un cycle d'alternance qui, depuis 1981, a vu la droite gouverner quatorze ans et la gauche vingt-deux ans. Partant de ce constat, elle déroule son contre-programme : sortie de l'Europe, sortie de l'euro... Bref, la destruction de tout ce que la droite et la gauche de gouvernement ont patiemment bâti ensemble en dépit des alternances politiques.

7. Le rejet de la classe politique

Le point 7 est en quelque sorte la conséquence logique du point 6 avec, en sus, une dimension morale qui n'atteint pas son parti, pourtant lui aussi pris dans les turpitudes. L'affaire Fillon et son retentissement négatif dans l'opinion apportent de l'eau à son moulin. Elle-même est pourtant prise dans une affaire d'attachés parlementaires au Parlement européen, mais cela n'a aucune prise sur ses sondages. En effet, les attentes de probité ne sont pas les mêmes selon les personnes. Marine Le Pen, en candidate de la colère, peut donc surfer sur le « tous pourris » et dénoncer, dès que la justice s'intéresse à elle, un complot du « système » contre elle. Le seul candidat qui pouvait l'endiguer, François Fillon, celui qui n'imaginait pas le « général de Gaulle mis en examen », a été affaibli sur l'un des piliers de sa victoire : un homme intègre, rigoureux. C'est en cela que l'affaire Fillon, quelle que soit son issue judiciaire, est un drame pour tous, gauche et droite comprise.

8. Le rejet de l'Europe

Les politiques français portent une lourde responsabilité dans le désamour entre l'Europe et les citoyens. Trop longtemps, Bruxelles a été présentée comme un « machin incommode » et les directives européennes comme la cause de la boursouflure administrative française. C'est un mauvais procès puisqu'il a été démontré que l'État français lui-même, perméable à tous les lobbys, était à l'origine d'une surtransposition systématique des normes européennes. À l'arrivée, le FN explique aux Français que l'austérité est européenne, alors qu'ils vivent au-dessus de leurs moyens depuis 40 ans...

Bien sûr, le projet européen est perfectible (qu'est-ce qui ne l'est pas ?). L'Europe à 28 membres n'est pas facile à piloter. La démocratie parlementaire strasbourgeoise n'est pas bâtie sur un système droite-gauche à la mode Montagnards contre Girondins, mais sur l'outil essentiel du compromis. Un élément qui ne fait pas partie de la culture du théâtre politique national (alors que dans les collectivités locales, il est monnaie courante). Des arguments trop subtils pour être audibles dans une France qui souffre et qui est abreuvée de discours simplistes. Le vent anti-européen souffle comme une tempête dans les voiles du FN.

9. L'absence de Nicolas Sarkozy

On peut faire de nombreux reproches à Nicolas Sarkozy, mais il avait un avantage : il pouvait contenir Marine Le Pen. Il avait quelque chose du Canada Dry. On avait, avec lui, la sensation d'un discours vigoureux sur la sécurité, mais il restait dans les bornes de la République. Il s'adressait à une France populaire, flattait sa fibre identitaire, abusait peut-être des images simplistes (« la fuite d'eau », « la portion de frites », « le Kärcher », etc.), mais, à la fin de la journée, on savait qu'on resterait entre républicains à écouter de la musique autour de la guitare de Carla Bruni avec ses « potes bobo ». L'élimination de Sarkozy fait de Marine Le Pen la seule détentrice des trois « i » évoqués plus haut.

François Fillon pouvait, par son positionnement conservateur, contenir la poussée Le Pen. Ce barrage vient de tomber.

10. La gauche fragmentée

Marine Le Pen jouit là encore d'une circonstance exceptionnelle : la gauche est divisée en trois blocs, entre Macron, Hamon et Mélenchon. Réunis, ils pèsent environ 45 % des voix. Désunis, ils subissent la domination d'une Marine Le Pen qui se détache nettement en tête au premier tour de la présidentielle. Deux cas de figure sont envisagés par le PS. D'abord, Marine Le Pen face à Emmanuel Macron : la candidate FN jouera une partition à la Trump dénonçant « le banquier d'affaires », le « cosmopolite », « l'homme qui ne reconnaît pas la culture française favorable à l'immigration de masse »... Autant d'items pour dresser des herses entre Macron et l'électorat conservateur. L'autre scénario (moins probable) : Marine Le Pen face à Benoît Hamon. Même au PS, on imagine mal la victoire du Breton au caban. « Qui fera croire que le petit Benoît fera le poids face à la dirigeante du Front national ? » glisse-t-on chez les hollandais. Et là encore, il ne faudra pas compter sur un large front républicain dans les rangs des conservateurs.

Voilà l'ensemble des raisons pour lesquelles les mines sont tristes et sombres…